Suède : quand les étrangères victimes d’abus se font expulser


Chaque année, des centaines de femmes qui étaient venues en Suède pour vivre avec un homme ont vu leur rêve virer en cauchemar : si par exemple leur mari Suédois est violent, mais qu’elles veulent tout de même rester en Suède, elles risquent de se faire expulser si elles mettent fin à la relation dans les 2 ans. En effet selon la loi suédoise sur l’immigration, si un étranger veut s’installer Suède pour y vivre une relation avec un Suédois, cette personne n’aura pas la permission de rester dans le pays si l’un des deux met fin à la relation dans les 24 mois. Les femmes étrangères victimes de violence ont donc le choix entre se faire expulser, ou rester avec leur mari abusif pendant au moins 2 ans.

Bernardita Nunez, la présidente du groupe de soutien Terrafem s’insurge : « Il y a une loi, ici en Suède, qui donne aux hommes un pouvoir total sur les femmes. Les femmes sont complètement dépendantes des hommes, et si elles ne font pas ce qu’ils demandent, elles risquent de se faire expulser du pays. »

Normalement, afin d’éviter que des personnes vulnérables se retrouvent emprisonnées dans des relations abusives, si la relation se termine pour cause de violence, le permis de séjour n’est pas remis en cause. En pratique, c’est plus compliqué que cela. La loi demande que la femme remplisse certaines conditions. La première est que la relation doit avoir été une relation sérieuse, de longue durée, et que les violences doivent avoir été « graves ». « Qui décide ce qu’est un acte de violence « mineur » ? » s’interroge Bernardita Nunez. « Et pourquoi est-il interdit de traiter une femme suédoise de prosituée, alors qu’une femme venant d’un autre pays peut être battue ? Et si elle n’accepte pas que son mari la batte, elle doit retourner d’où elle vient. »

Environ 500 femmes contactent des centres de soutien tous les ans, expliquant qu’elles sont dans cette situation. Les statistiques du Bureau de l’Immigration montrent que seulement 27 ont eu le droit de rester en Suède l’année dernière, et que 10 ont été expulsées. Selon les centres de soutien, il ne s’agit que de la pointe émergée de l’iceberg, étant donné que la plupart des femmes n’osent pas demander de l’aide, puisqu’elles ont peur de se faire expulser si leur cas était découvert par les autorités.

Håkan Jonsson, une experte légale au Bureau de l’Immigration, explique qu’il n’y a pas de critères définis pour évaluer quel type ou quel degré de violence est considéré comme grave, afin de d’accorder des exceptions pour le permis de séjour. Selon elle, la décision dépend de chaque cas particulier.

« Cela fait 30 ans qu’on discute là-dessus, et nous avons vu quelques changements en apparence, mais personne n’a jamais proposé d’abolir cette règle des 2 ans ou de faire un vrai changement qui offre une vraie protection aux femmes étrangères », regrette Bernardita Nunez.

Par Marie-Sophie Germain
Source : Radio Sweden
Photo : Riccardo La Valle

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