Il faut tripler la population de loups scandinaves pour éviter la consanguinité


En Suède, une polémique à propos de la chasse aux loups fait rage. En effet, le gouvernement veut réduire la population de loups à 200. Pourtant, un rapport de scientifiques internationaux, suggère qu’il faudrait justement tripler les effectifs afin d’éviter la consanguinité, qui aurait atteint un niveau alarmant. Ainsi, la population des loups de Suède, Norvège, Finlande et Russie devrait passer de 1 000 à 3 000. Dans un article d’opinion publié dans le quotidien suédois Dagens Nyheter, les experts internationaux en prédateurs Michael Møller Hansen, Liselotte Wesley Andersen, Jouni Aspi et Richard Fredrickson donnent leur point de vue à ce sujet.

Les scientifiques veulent tout d’abord expliquer que la notion de « loups suédois » – ceux qui sont injustement abattus en Suède – n’existe pas. En effet, les loups n’ont pas connaissance des frontières administratives qui existent entre la Suède et la Norvège. Historiquement et génétiquement parlant, la population de loups « nordiques », s’étend de l’ouest de la Norvège à l’est de la Russie. Les loups se déplacant beaucoup, on peut ainsi retrouver les mêmes gènes en Carélie comme sur les hauts-plateaux de Småland. Malheureusement, en raison de l’intervention humaine et de décisions politiques, la population se retrouve fragmentée.

Or il faut savoir que deux facteurs en génétique sont importants pour la survie et la préservation du loup à long terme : le degré de consanguinité (qui mesure à quel point les individus sont liés les uns aux autres) et le degré de variabilité (la présence de variantes de chaque gène dans la population). Le degré de variabilité génétique joue un grand rôle dans l’adaptation des animaux à des environnements changeants, mais pour l’instant c’est le degré de consanguinité qui est le plus problématique.

Selon une récente information à partir de différents groupes de recherche, la population de loups en Suède présente un haut degré de consanguinité (coefficient d’environ 30%). Cela signifie que l’individu moyen est plus proche de ses frères et soeurs que ses parents ne l’avaient été (les parents sont génétiquement moins proches de leurs frères et soeurs). Les effets de la consanguinité peuvent être dévastateurs, et chez les loups elle se traduit le plus souvent par une colonne vertébrale déformée et par une taille réduite.

Le fait que la population de loups, du moins en Scandinavie, présente un taux de croissance élevée ne devrait pas être considéré comme une preuve que la consanguinité n’est pas un problème. Avec un bon accès aux proies, il n’est pas paradoxal qu’une population se développe. En revanche, certains défauts peuvent apparaître. Si le degré de consanguinité est élevé, les malformations et problèmes de santé deviennent de plus en plus fréquents et affectent négativement la population d’animaux.

A court terme, la mesure la plus importante afin de préserver la population de loups est de favoriser les échanges de gènes entre les loups scandinaves et les loups finno-russes. L’objectif est d’atteindre un coefficient de consanguinité qui ne dépasse pas les 10%. La migration de quelques loups finno-russes sur les territoires suédois et norvégiens aurait pu aider en ce sens, si seulement ces loups avaient pu venir en paix. Malheureusement, ces animaux rencontrent de nombreux obstacles sur leur chemin, comme par exemple les élevages de rennes, zones dans lesquelles les prédateurs sont interdits de séjour et abattus.

On estime qu’à l’heure actuelle, il y a entre 200 et 300 loups en Scandinavie (Suède et Norvége), entre 150 et 200 loups en Finlande, et quelques centaines en Carélie russe. Cela signifie que la population dans son ensemble ne dépasse guère 1000 individus. Sur la base de connaissances en génétique, celle-ci devrait être composée d’une population minimale de 3000 individus afin d’avoir un bon potentiel génetique pour le long terme. Hélas, cette population est très fragmentée et souffre de la consanguinité dans les régions isolées. Ainsi, la population de loups dans son ensemble, et en particulier des loups nordiques, n’est pas viable à long terme, et ne répond pas aux critères de l’Union Européenne en matière de préservation. Les efforts visant à créer une population viable doivent inclure toute la population et donc être menés conjointement avec d’autres pays. Il faut donc établir une coopération entre la Suède, la Norvège, la Finlande et la Russie.

Par Marie-Sophie Germain
Source : Dagens Nyheter
Photo : Jonas Ekströmer/Scanpix

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